Chapitre 11

 

 

Il était 4 heures passées quand j’arrivai à mon appartement. Finalement il ne me restait pas tant d’heures du petit matin à occuper. La journée s’annonçait vraiment merdique. Sur le chemin du retour, j’avais été arrêtée pour excès de vitesse. Naturellement, le flic qui m’avait interceptée était une femme et donc pas exactement la candidate idéale pour les battements de cils qui m’avaient à plusieurs reprises évité des amendes auprès de la brigade de testostérone. Je ne roulais pas si vite que ça, mais elle devait s’ennuyer et je faisais une cible idéale. Je suis toujours contente d’aider les femmes en bleu à passer le temps.

Avant de me préparer du café, je fourrai la contravention dans un tiroir où elle rejoignit la pile grandissante de factures impayées. Mon corps réclamait douloureusement de se jeter sur le lit et de dormir pendant une semaine, mais c’était une question de pouvoir de l’esprit sur la matière et je ne voulais pas céder.

Il fallait que je trouve un moyen de m’occuper, sinon le besoin de sommeil deviendrait trop difficile à combattre. Mais que pouvais-je faire pour me rendre utile dans l’affaire Brewster ? Je pouvais toujours essayer de repasser à l’appartement de Tommy, mais je ne pensais pas que cela servirait à grand-chose. En outre, j’avais à moitié promis, à Adam que je le laisserais prendre les choses en main. Je ne me sentais pas particulièrement tenue par cette promesse, mais il valait mieux que je le laisse prendre contact en premier. Il pouvait être retourné au club la nuit précédente et avoir convaincu Tommy de tout confesser.

Je décidai de passer à mon bureau. Cela ferait deux fois en l’espace d’une semaine. J’étais positivement productive ! C’est vrai que je n’avais pas abattu beaucoup de travail la dernière fois que j’y étais allée, la visite de Claudia Brewster ayant sérieusement contrecarré mes efforts.

Je me rendis compte après deux heures que la paperasse n’est finalement pas le meilleur moyen pour rester éveillée. Je commençais à loucher et mon esprit se mettait à vagabonder. Je fis une pause prolongée et allai me chercher un grand cappuccino enrichi d’une touche supplémentaire d’expresso au Starbucks le plus proche. Je me sentis légèrement plus vive dès les premières gorgées. En sortant de l’ascenseur sur le palier qui menait à mon bureau, je m’étais même presque préparée psychologiquement à la tâche singulièrement désagréable de baratiner ma compagnie d’assurance. Il me fallut faire deux longues enjambées vers ma porte avant de remarquer la silhouette qui se trouvait devant.

Sur les photos que Claudia m’avait montrées, Tommy avait l’air d’un adolescent typique, boudeur et rebelle. Décoiffé. Pantalon trop grand. Le visage figé en une expression de souffrance qui en disait long sur sa vie foutue au point de ne plus ressembler à rien – mais dont il était quand même parvenu à se sortir tant bien que mal.

Apparemment, être possédé par un démon lui allait bien. Il n’était pourtant pas encore au point question élégance. Les ourlets frangés de son jean baggy traînaient par terre et son tee-shirt, qui avait dû être noir par le passé, avait été lavé tant de fois qu’il était maintenant d’une teinte irrégulière et particulièrement repoussante de gris. Mais son attitude était complètement différente. Ses épaules étaient plus droites, sa posture plus assurée, son expression beaucoup plus… mûre.

Appuyé mine de rien contre le mur, les bras croisés sur la poitrine, il attendait que j’approche. Je n’avais aucune idée de ce qu’il voulait mais j’avançai quelques suppositions et décidai que ce n’était définitivement rien de bon. Je fis passer mon gobelet de café dans ma main gauche avant de plonger la droite dans mon sac pour y saisir mon Taser, l’armant tout en gardant un œil sur le jeune homme. Il n’oserait certainement pas m’attaquer dans un lieu public après s’être donné tant de mal à se faire passer pour un démon légal, mais je ne voulais prendre aucun risque.

Tommy était un chouïa plus petit qu’un hôte ordinaire. La plupart faisaient un mètre quatre-vingts et Tommy devait mesurer environ un mètre soixante-quinze. Chaussée d’une bonne paire d’escarpins à talons, j’aurais été capable de le regarder de haut. Il avait le physique requis, pourtant. Son visage un peu arrondi, sa petite bouche courbe et ses joues en pomme lui donnaient presque une expression de chérubin. Mais il suffisait de plonger le regard dans ses yeux pour anéantir cette illusion. La teinte bleu sombre de ses iris aurait pu être belle sans la présence malveillante qu’on sentait derrière elle.

Ce n’était peut-être que l’effet de mon imagination et le fait que je sache qu’il était possédé par un démon illégal qui transformait cette lueur en étincelle malveillante. Si je l’avais rencontré dans la rue sans savoir qui il était, je n’y aurais peut-être pas regardé à deux fois. Mais je savais ce qu’il était et je le détestais bien avant qu’il ait ouvert la bouche.

Tommy s’écarta du mur et m’adressa un regard appréciateur qui me hérissa. Il m’observa sortir le Taser de mon sac sans avoir l’air particulièrement inquiet.

— Morgane Kingsley, je suppose ? demanda-t-il sur un ton cultivé qui ne devait certainement rien à Tommy Brewster.

— Que faites-vous ici ? demandai-je.

Je ne remporterais aucun prix de politesse, mais je ne voyais aucune raison de le traiter comme un être humain convenable.

— J’ai entendu dire que vous me cherchiez, répondit-il.

Je plissai les yeux.

— Qui vous a dit ça ?

— Mon colocataire m’a informé que j’avais eu de la visite hier. Il m’a également dit qu’il vous avait suggéré de me chercher aux 7 Péchés Capitaux. (Il me sourit, une expression effrayante qui me donna la chair de poule… aucun doute, c’était bien l’effet recherché.) Je suis désolé de vous avoir manquée la nuit dernière.

J’essayais de trouver une bonne répartie sans que mon expression trahisse à quel point il me fichait la trouille, quand l’ascenseur sonna pour signaler l’ouverture imminente des portes.

Le seul autre occupant de mon étage était un bureau de comptables de taille moyenne et terriblement respectable. Je doutais déjà que les employés se réjouissaient de partager l’étage avec moi et cela n’arrangerait rien qu’un de leurs clients me découvre en train de menacer au Taser un jeune homme au visage de chérubin.

À contrecœur, j’éteignis le Taser et le remis juste à temps dans mon sac. Tommy et moi attendîmes en silence que les deux jeunes gens professionnels sortent de l’ascenseur et poussent les portes du bureau de comptables.

— Ne préféreriez-vous pas que nous continuions cette conversation dans un lieu plus tranquille ? demanda Tommy en pointant le pouce vers la porte fermée de mon bureau.

Je n’étais pas certaine de souhaiter me retrouver coincée dans une pièce avec lui, mais cela ne rimerait à rien de risquer que d’innocents témoins soient pris entre deux tirs si les choses tournaient mal. Je restai la main en suspens au-dessus de mon sac. Mes précautions étaient vaines, car si Tommy avait l’intention de m’attaquer, j’étais de toute façon de la viande morte. Je n’aurais pas le temps de plonger la main dans mon sac, sortir le Taser, l’armer et tirer avant qu’il soit sur moi. Malgré tout, je me sentais mieux de l’avoir à ma portée.

— Écartez-vous, demandai-je.

Tommy hésita, affichant un sourire suffisant et attendant que je comprenne que s’il faisait ce que je lui demandais, c’était juste pour me faire plaisir. Je lui jetai mon regard le plus mauvais, ce qui sembla le satisfaire, et il recula.

Ma nervosité était à son comble lorsque j’approchai de la porte. Entre le café et les clés, mes deux mains étaient occupées et cette situation me mettait mal à l’aise. J’avais besoin d’une troisième main pour le Taser. Malgré mon inquiétude, Tommy ne broncha pas et il affichait toujours ce sourire satisfait et exaspérant.

Dès que la porte fut ouverte, je me précipitai dans la pièce pour mettre mon bureau entre Tommy et moi. Se prêtant à ma tactique, il garda ses distances tout en ne dissimulant rien du plaisir qu’il prenait. Je jetai mes clés sur le bureau et armai de nouveau mon Taser. Maintenant je me sentais en sécurité.

Après m’être adossée dans mon fauteuil et avoir posé mes chevilles sur mon bureau, sans faire trembler mon arme, je bus une longue et délicieuse gorgée de mon café qui refroidissait rapidement avant de m’adresser de nouveau à mon invité surprise.

— Que voulez-vous ? demandai-je même si j’étais certaine de déjà le savoir.

Le sourire suffisant de Tommy n’avait pas faibli devant ma confiance nouvellement acquise. Se déplaçant lentement, les yeux toujours rivés sur le Taser, il tira une chaise et s’assit en face de moi.

— Comme je vous l’ai dit, j’ai appris que vous me cherchiez. Peut-être est-ce moi qui devrais vous poser cette question.

— Arrêtez vos simagrées et venez-en au fait.

Un coin de sa bouche s’affaissa et il se renfrogna. Je l’énervais sans doute plus que je le pensais. Je jetai un coups d’œil à mon Taser pour m’assurer qu’il était bien chargé.

— Très bien, déclara Tommy avec une moue qu’il avait dû apprendre de son hôte. Je sais que mes parents veulent que vous m’exorcisiez.

— Ce ne sont pas vos parents, rétorquai-je. Ce sont les parents de Tommy.

Il roula les yeux.

— Très bien. Je vais reformuler ma phrase : je sais que les parents de mon hôte veulent que vous m’exorcisiez. Ils ont la fausse impression que Tommy a été contraint de m’accueillir. Laissez-moi vous dire que c’est juste ce qu’ils espèrent. Tommy est l’hôte d’un démon légal et répertorié et, si vous m’exorcisez, vous vous rendrez coupable de meurtre.

— Ouais, en voilà un scoop. Merci de m’apprendre tout ça.

Son air renfrogné était plus prononcé désormais. Apparemment, ce n’était pas la réaction à laquelle il s’était attendu.

— J’ai informé mes… associés qu’on m’avait menacé. Si je devais quitter le corps de Tommy, vous seriez accusée de meurtre avant de sentir le coup venir.

— Encore une fois, ce n’est pas un scoop. J’ai refusé l’offre de vos parents. Je ne suis pas idiote.

Il haussa les sourcils comme si mon dernier commentaire le surprenait.

— Non ? Alors que faisiez-vous la nuit dernière aux 7 Péchés Capitaux ?

— Comment savez-vous que je me trouvais dans ce club ? rétorquais-je.

Il m’adressa un drôle de regard.

— Parce que Shae me l’a dit.

Des sonnettes d’alarme se déclenchèrent dans ma tête. Shae n’était pas exactement mon amie intime et elle ne s’était même pas donné la peine de me demander pour quelle raison je me trouvais au club la nuit dernière. Comment aurait-elle pu savoir que je cherchais Tommy ? Ma question dut se lire sur mon visage car Tommy y répondit avant que j’aie une chance de la poser.

— Une exorciste que je sais avoir été engagée pour m’exorciser se présente dans une boîte de nuit fréquentée par des démons et surveille l’endroit comme un détective amateur. Ce n’était pas difficile de faire coïncider les pièces du puzzle, d’autant que j’avais demandé à Shae de m’avertir si vous vous présentiez.

Tout cela tenait debout, même si sa version suggérait une relation plus intime que je l’aurais imaginée entre lui et Shae. Évidemment, étant tous les deux illégaux, ils avaient des points communs qui pourraient les amener à devenir des amis proches. Nan, Shae ne donnait pas dans ces histoires de copinage. C’était une mercenaire jusqu’au bout des ongles. Si Tommy et elle formaient une équipe, c’était parce qu’elle était bien payée. Restait à savoir pour quoi ?

— Maintenant que j’ai satisfait votre curiosité, poursuivit Tommy, pourquoi ne satisferiez-vous pas la mienne en me disant ce que vous me voulez ?

J’en avais ma claque de ma pose pseudo-détendue et je reposai les pieds par terre avant de me redresser sur mon fauteuil.

— J’ai sympathisé avec la mère de votre hôte. À sa place, je ferais la même chose qu’elle. Mais je ne suis pas stupide au point de pratiquer un exorcisme illégal. Si vous souhaitez me confesser que vous êtes un démon illégal, je serais ravie de l’entendre et je programmerais cet exorcisme si rapidement que votre tête en tournera. Mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas l’impression que vous allez me faire ce plaisir.

Il gloussa.

— Non, c’est peu probable. Mais rien de tout cela n’explique pourquoi vous me cherchez.

À ce stade, je ne désirais rien de plus que me débarrasser de lui. Adam avait raison, je devais laisser les professionnels enquêter. Mais je n’étais pas près d’admettre cela devant Tommy.

Je haussai les épaules.

— Si j’ignore la requête de votre mère sans même m’intéresser un tant soit peu à cette affaire, je ne serai plus jamais capable de me regarder dans une glace. J’ai du mal à croire qu’un fanatique de Colère de Dieu accepte de vous héberger. Je voulais juste connaître votre explication sur les raisons pour lesquelles il l’a fait.

Il avait l’air vraiment amusé.

— Et si mon explication ne vous convient pas ?

Je haussai de nouveau les épaules.

— Je n’y ai pas encore réfléchi.

Il s’esclaffa.

— Vous êtes presque aussi amusante que le disait Shae. (Il repoussa ses cheveux et se leva.) Ce fut un réel plaisir de discuter avec vous.

— Si vous êtes ici légalement alors il n’y a aucune raison que vous ne puissiez pas m’expliquer pourquoi Tommy a décidé de vous héberger.

— Et aucune raison non plus que je vous l’explique. (Il m’adressa un sourire agréable.) Et voici un conseil amical que je vous donne : ne perdez pas votre temps à essayer de prouver que Tommy ne m’a pas appelé de son plein gré. Ce ne serait pas un choix professionnel très sage.

Naturellement, je me hérissai aussitôt.

— Ce conseil ressemble à s’y méprendre à une menace.

Proférer une menace – même une plus explicitement exprimée que celle-ci – n’est pas considéré comme un « crime violent », et cela ne me donnait pas plus le droit de l’exorciser. Mais, d’un certain point de vue, on était sur le bon chemin.

Une lueur prédatrice s’alluma dans les yeux de Tommy, même si son sourire resta fermement en place, et le jeune homme ne répondit pas à mon accusation. Après avoir fait mine d’incliner un chapeau en guise de salut, il se tourna vers la porte.

J’envisageai un instant de lui tirer dessus, juste pour le principe. Mais, bien sûr, les autorités n’apprécient pas trop ce genre d’initiative.

Qu’avait-il cherché à prouver au cours de cette confrontation ? S’il croyait m’intimider et me faire battre en retraite, alors il était clair que sa bande et lui ne me connaissaient pas.

Je le laissai partir en récitant à voix basse toute une liste de jurons.

Confiance Aveugle
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